Honshu (Japon)

- Le Wa -

La pensée du Wa (和) au Japon s’inscrit dans le principe d’harmonie.

 

Harmonie sociale d’abord puisque le terme prendra toute son importance lors de son inscription dans la première constitution du pays en 604 après J.C comme « valeur éminemment respectable, reposant sur un principe, qui est d’éviter toute discorde».

Profondément ancrée dans la société japonaise, encore aujourd’hui, le Wa dicte l’attitude à adopter envers son prochain. On s’incline en guise de respect, on se fond en excuses pour adresser la parole à son interlocuteur et on s’empresse de remplir sa mission pour éviter tout conflit. Nous le voyons au quotidien, du pompiste qui court d’une voiture à l’autre pour ne pas faite attendre ses clients au chauffeur de bus qui s’excuse de ralentir à l’approche d’un feu rouge.

 

Harmonie sociale donc, mais pas que. Au fil des siècles, le Wa s'est étendu à l’ensemble des arts. Architecture raffinée, mobilier épuré, bonsaï élagué, kimono ajusté : l’harmonie à tous les degrés. Même la cérémonie du thé n’échappe pas à un équilibre parfait !

 

Parce que nous sommes particulièrement sensibles à ce sujet, il nous a semblé que le rapport à la Nature échappait quelquefois à cette règle du Wa.

À voir l’émerveillement procuré par la floraison des cerisiers, on pourrait croire que l’harmonie avec la nature est respectée. Mais ici aussi, on dirait que l’être humain aime se croire plus fort que son environnement. Pour combattre le tsunami, on endigue la côte à outrance. Pour construire cette route, on terrasse un pan entier de la montagne. Pour éviter d’être inondé, on canalise au possible ce cours d’eau. En 2015, autour de 2500 barrages[1] altéraient la continuité écologique des cours d’eau de l’archipel nippon.

Il n’y a qu’à observer un jardin japonais de près pour constater à quel point la Nature doit ici être maîtrisée. Du bonsaï interdit à la verticalité à la brindille entre les graviers arrachée, le végétal n’a qu’à bien se tenir ! Mais à force de vouloir la dompter, la Nature parfois répond de plus belle.

Nous avons traversé la région de Fukushima. Les plaies de 2011[2] ne se sont toujours pas refermées. Des villes entièrement désertées, des sols et des eaux pollués à jamais, des sommes astronomiques dépensées à « décontaminer » et « soigner », une stratégie de gestion des déchets radioactifs encore incertaine, des agents de terrain quotidiennement exposés et 54000 personnes vivant encore dans des logements temporaires en 2019. Digues et systèmes de protection renforcée n’y ont rien fait. La centrale nucléaire n’a pas tenu face à la force du séisme, la vague de 15 mètres qui a suivi n'a fait qu’une bouchée du système de sécurité de l’installation. Quand la Nature balaie d’un revers de manche ce que l’Homme pensait maîtriser.

 

Plutôt que de s’obstiner à la dompter, peut-être qu’un jour nous comprendrons qu’il faut d’avantage composer avec elle. Nous en faisons partie après tout, et l’harmonie existe à l’état naturel.

 

Mais ce qu’il y a de beau dans l’humain, c’est qu’il a la force de réparer ses erreurs. Une belle illustration au Japon concerne l’emblématique grue du Japon (Grus japonensis). Cet oiseau est particulièrement réputé pour sa danse nuptiale, offrant un spectacle mêlant sauts, acrobaties, cries et gracieux mouvements de cou. Les couples, une fois formés, ne se quitteront plus jamais et les parades nuptiales, reproduites chaque année à cette saison, renforcent ces liens. La dégradation de leur habitat avec le drainage des zones humides pour l’agriculture et l’industrie représente la principale menace pour l’espèce, aujourd’hui en danger d’extinction. Mais à Hokkaido, grâce aux efforts d’une poignée d’acteurs au grand cœur, la population de grues augmente à nouveau !

 

Sayonara !

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