Honshu (Japon)

- La Nature sacrée -

Quelle perception avons-nous de la Nature ? Nature nourricière ? Nature fragile ou puissante ? Nature sacrée ?

De cette perception découle irrémédiablement la relation que nous avons avec elle ; l’exploiter, lui emprunter, la protéger, la combattre, la vénérer.

 

Au cours de notre périple, nous avons eu la chance d’observer et d’échanger autour du caractère sacré de la Nature.

Elle est source d’inspiration pour les arabesques et les motifs figurés dans les arts de l’Islam en Asie Centrale. Elle est à la fois crainte et vénérée dans les villages perchés d’Himalaya au Népal où les géants de roche, de neige et de glace rappellent fréquemment leur totipotence aux Hommes qui s’y aventurent. Elle est esthétisée dans les pensées holistiques du bouddhisme prônant la fusion de l’Homme et du Cosmos. En Inde, elle est encore quelquefois sacrifiée sur l’autel des temples hindouistes, mais c’est parce qu’elle est perçue comme un véritable don, une offrande à la hauteur des exigences des dieux et, en ce sens, elle est respectée. Elle est illustrée et glorifiée à travers le dieu singe, éléphant et bien d’autres encore. Et puis, elle est même sacralisée quand il s’agit de ne pas exploiter ou tuer un animal, comme les vaches par exemple.

 

Mais c’est au détour d’un temple, ici au Japon, que nous avons senti le besoin de réfléchir sur le caractère sacré de la Nature.

Bien que bouddhiste, le temple Eihei-ji laisse transparaître des éléments shintoïstes. Il n’est en effet pas rare que les japonais mélangent ces croyances dans leur quotidien. Le shintoïsme est une religion animiste dont le concept majeur attribue à la nature un caractère divin. Ainsi, une pierre, une constellation, le vent ou encore le Mont Fuji sont sacrés et les croyants prônent un sentiment de communion avec les forces de la nature.

La sérénité qui se dégageait de ce lieu, littéralement traduit par « Temple de la paix », est indescriptible tant la nature semblait envelopper cette construction humaine d’une douceur apaisante.

 

Nous avons retrouvé cette sérénité dans plusieurs lieux de culte en terre nipponne.

Au milieu des rizières, en pleine ville de Kyoto, là où la main de l’Homme a tout transformé, on trouve soudain un îlot de cèdres centenaires épargnés car à cet endroit c’est la place du sacré.

Ce noyau préservé autour de la Nature rongée par l‘Homme nous procure un sentiment de perplexité. Car l’espoir palpable d’une Nature protégée par des croyances ancestrales qui perdureront certainement dans le temps se confronte à la colère d’une destruction massive de la Nature réduite à sa valeur économique.

 

À l’heure où les experts indiquent que la moitié des espèces vivantes pourrait disparaître d’ici un siècle et l’entièreté des forêts tropicales d’ici 50 à 70 ans au rythme actuel de la déforestation[1], il est urgent de changer notre perception de la Nature et lui redonner son caractère sacré.

Par là, il ne s’agit pas d’insuffler des croyances animistes là où elles ont disparu, mais de réenchanter la Nature, lui redonner tout son éclat pour peut-être restaurer le respect que nous lui devons.

Réinventons une représentation de la Nature faisant place au sacré, une Nature dont les valeurs intrinsèques dépassent ses valeurs monétaires. Une Nature complexe mais belle, parfois destructrice mais toujours vitale, respectée pour ce qu’elle est.

 

 

[1] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/biodiversite-presentation-et-enjeux

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